Intelligence sociale, action collective et société civile

Rencontre / débat du 23 janvier 2013

Autour de la publication du livre de Michel Chauvière

« L’intelligence sociale en danger »
Débat animé par Martine TRAPON, directrice de l’ENS et en présence de Michel Chauvière

Retrouver la vidéo de la conférence réalisée par Ludovic Tac

Soyons intelligents !
Les outils du travail social.

 

Dans un documentaire  récemment diffusée à la télévision le peintre Pierre Soulages explique son usage particulier des outils traditionnels du peintre. Il les transforme pour chaque nouvelle œuvre et même chaque tracé. Il retaille ses pinceaux, fabrique une taloche d’une certaine dimension, utilise parfois un morceau de bois trouvé sur le sol de son atelier. Le résultat étant selon lui presque toujours l’effet du hasard et jamais le produit d’une quelconque anticipation rationnelle.

Ce retour à l’outil et sa transformation comme préalable au geste du peintre m’ont inspiré quelques réflexions à propos du métier du travail social.

Depuis quelques décennies l’utilité du travail social est contesté à la fois par ceux qui l’accusent de favoriser l’assistanat, d’encourager les pauvres à profiter du bien commun, et  par ceux qui pensent qu’il ajoute la discrimination à la précarité en aggravant l’exclusion sociale de ses bénéficiaires.
Bien sur la sociologie l’a démontré, le travail social produit des « assistés » et favorise la « discrimination sociale ». Comme tout dispositif institutionnel il peut exclure et enfermer. Mais il est aussi un espace d’émancipation dont certains éléments sont fixes et d’autres aléatoires. Son utilité sociale  consiste essentiellement selon nous dans le fait qu’il est une création,  le lieu d’une rencontre entre un travailleur social et une personne, une famille ou un groupe. Cette rencontre est unique et impossible à reproduire, elle ne peut s’effectuer à la chaine, ni ne fabrique de la relation d’aide en série.

A l’ENS nous revendiquons l’exercice de ce travail social là, celui que Michel Chauvière définit comme « social réalisé » et se soutient de ce qu’il nomme le « carré des intelligences », « un héritage juridique, institutionnel, professionnel et cognitif formant quatre registres indissociables qui ont été construits solidairement : le registre des droits, des institutions, des savoirs, des actes en métier en situation ».

Si tel le peintre Pierre Soulages on ne nous laisse plus tailler nos pinceaux ou choisir la taloche pour dessiner ce qui s’appelle une clinique, alors notre intelligence est en danger.

L’intelligence consiste à rassembler, à faire des liens entre différents éléments. C’est bien une qualité indispensable, côté travailleur social et côté usager afin que dans ce cadre, les éléments disparates, complexes  et conflictuels de la situation soient choisis, découverts puis mis ensemble.

Soyons intelligents !

Nous serons plus forts pour continuer à servir le projet d’une société citoyenne. Travaillons sur les métamorphoses de notre champ d’intervention afin que cet espace politique, seule garantie de mise en œuvre de l’action publique et de son héritage qui ont fait la preuve de leur efficacité ne soient pas détruits

Martine Trapon